Grâce à une application créée par Google, l’on peut savoir avec précision que le fondateur du FPI et le Guide libyen sont les personnalités qui ont le plus intéressé les internautes africains en 2011. On peut aussi, à l’aide d’outils comme le module social Facebook, se rendre compte qu’en ce qui concerne Gbagbo, la notoriété coïncide avec une vraie popularité. En dépit de la diabolisation des médias occidentaux dominants.
C’est un outil qui ne ment pas. Et qui permet, mieux que des dizaines de sondages, de savoir ce à qui et à quoi pensent et s’intéressent les internautes du monde entier. Il s’agit d’une application en ligne appelée Google Trends - ou, en français, Google Tendances des recherches. Elle permet de savoir, sur un jour, un mois ou une année, les noms de personnes, de choses ou de services qui font l’objet du plus grand nombre de requêtes sur Google, moteur de recherche leader dans le monde, dans l’ensemble des pays du monde. En cette fin 2011, les tendances sont d’ores et déjà disponibles, et désignent très clairement les hommes qui ont influencé l’actualité, dont le parcours intéresse le plus. Et de manière très claire, les internautes africains ont laissé entrevoir que deux hommes ont fait l’objet, tout ont long de l’année, d’un intérêt qui ne s’est pas affaibli : Laurent Gbagbo et Muammar Kadhafi. Que vont chercher les internautes ivoiriens en matière d’actualité sur Internet ? Google nous donne les dix premiers termes de recherche qui se dégagent. Les voici : L’on se rend bien compte qu’au-delà des articles qui accompagnent généralement quasiment tous les mots (la, les, le), le premier terme de recherche d’actualités est « Gbagbo ». L’autre nom propre qui figure sur la liste est « Drogba ». Alassane Ouattara, que les médias occidentaux et la communauté internationale nous ont présentés durant toute l’année comme la coqueluche des Ivoiriens, l’élu de leurs coeurs, le symbole de leurs combats démocratiques, n’apparaît pas dans le « top 10 » des recherches. Une indifférence troublante. L’actuel maître d’Abidjan peut se consoler en constatant que son nom figure dans le « top 10 » des recherches en progression au cours de l’année. Même s’il est en septième position, loin derrière « Gbagbo Laurent » (troisième après « Facebook » et « Libye »), et « Gbagbo » (cinquième position). Ailleurs en Afrique, les internautes sont également plus intéressés par Laurent Gbagbo que par Alassane Ouattara. C’est au Cameroun que le plus célèbre prisonnier de la CPI fait le meilleur « score ». Il apparaît en quatrième position derrière « cameroun cameroun », « cameroun » et « cameroon ». Et devant « biya », en huitième position. Malgré l’année électorale au Cameroun, il est en cinquième position dans les recherches en progression avec une « montée » de 400%, devant Paul Biya et... Rihanna. Au Sénégal, « Gbagbo » et « Laurent Gbagbo » apparaissent en cinquième et en sixième position des recherches en progression. Ni Abdoulaye Wade, ni son allié Alassane Ouattara ne figurent dans le « Top 10 ». Au Ghana, Gbagbo est en quatrième position dans la liste des recherches en progression. Alassane Ouattara n’y figure pas. Même au Burkina Faso, Laurent Gbagbo intéresse plus que Ouattara et Compaoré. Son nom est le troisième terme de recherches sollicité, derrière « Burkina » et « Burkina Faso » et la cinquième plus forte progression, dans un « top 10 » où ne figurent ni le « beau Blaise » ni l’actuel locataire du palais présidentiel du Plateau. Même au Nigeria, gigantesque, anglophone et assez replié sur sa propre actualité quand il ne regarde pas directement ce qui se passe aux Etats-Unis, Gbagbo est dans le « top 10 » des recherches en progression (9ème position). L’ancien Guide libyen est mort, mais sa légende est loin d’être éteinte en Afrique. Alors que l’intérêt pour Gbagbo est pour l’instant bien plus fort en Afrique de l’Ouest (francophone et anglophone) et Afrique centrale francophone qu’ailleurs sur le continent, Kadhafi intéresse fortement toute l’Afrique, du Nord au Sud Les recherches portant sur l’actualité le montrent très clairement. Au Cameroun, son nom connaît un taux de progression « record » dans les recherches. Même chose au Ghana, où il rivalise avec « Libya » et « Barcelona ». Au Mali, Kadhafi est en tête des progressions. Au Nigeria, il est en deuxième position dans le top 10 des recherches en progression. Pareil au Kenya et au Maroc. En Algérie, il est premier dans le tableau. Face à ces signes d’intérêt irréfutables, l’on pourrait rétorquer que la notoriété, indiscutable, n’équivaut pas automatiquement à la popularité. Mais les interactions du web social permettent de relier les deux concepts. Ainsi, en ce qui concerne Laurent Gbagbo, l’on se rend compte que, même sur les médias français qui lui sont généralement hostiles, les articles les plus partagés par les internautes sur le dossier ivoirien sont les articles qui permettent à un autre son de cloche de s’exprimer. Ainsi, sur le site slateafrique.com, qui agrège des articles d’opinion, les articles les plus partagés en cette fin d’année concernent la Côte d’Ivoire et n’épousent pas la « pensée unique » que la presse française majoritaire, en phase avec le pouvoir politique hexagonal, tente d’imposer. Sur le site de l’hebdomadaire français Marianne, l’article consacré au livre de Charles Onana « Côte d’Ivoire : le coup d’Etat » est arrivé dans le « top 3 » des articles les plus commentés et les plus populaires. Bref, avec Gbagbo, le buzz est assuré. Alors qu’il devait être relégué, selon le projet de la coalition internationale qui l’a renversé et humilié, dans les poubelles de l’Histoire. En décembre 2010, le site du quotidien lemonde.fr constatait déjà la plus forte mobilisation des internautes au profit d’un Gbagbo diabolisé par les médias dominants par rapport à un Ouattara glorifié. « La page Facebook de Laurent Gbagbo, qui reprend articles et vidéos issus de médias favorables au président sortant, est forte de plus de 20 000 “fans”, alors que celle d’Alassane Ouattara n’en compte que 9 000 », écrivait- il, tout en attribuant plus cette adhésion à un travail de com’ qu’à une vraie lame de fond. Comme pour contrer cette mobilisation virtuelle, de nombreux profils officiels et officieux soutenant la cause de Laurent Gbagbo ont été, au cours des années 2010 et 2011, mystérieusement désactivés par Facebook. « Je discutais récemment avec des amis occidentaux et je leur disais qu’il était totalement vain d’imaginer que parce qu’il se trouve à la Cour pénale internationale, Gbagbo est placé, par les Africains, sur le même pied d’égalité qu’un Charles Taylor par exemple. Il est considéré, de manière consciente ou inconsciente, comme le signe d’une grande injustice. Et manifestement, rien n’est réglé en Côte d’Ivoire », analyse un patron africain évoluant dans le domaine de l’audiovisuel.