Les importateurs de carburant impliqués dans une nouvelle affaire d’hydrocarbures à la douane portant sur des milliers de litres « coulés » et d’un manque à gagner de 1,5 milliard pour le Trésor public sont connus de tous. Ils sont de tous les régimes et de toutes les fraudes.
Au moment où la Cour suprême casse le procès relatif à l’affaire des exonérations en demandant une nouvelle instruction, le directeur général de la douane garde soigneusement dans ses tiroirs le rapport d’une mission faisant était du « coulage » de centaines de milliers de litres d’hydrocarbures pour des droits compromis de près de 1,5 milliard de nos francs.
Dans ce qui constitue un vrai scandale, presque toutes les sociétés de vente de carburant sont trempées et la douane est mouillée jusqu’au cou. Le directeur général de la douane sait pourquoi il garde sous le coude le rapport. « Expert » de pétrole après son passage au bureau du même nom à la douane d’où il s’est bâti une sulfureuse réputation, l’homme sait qu’il a une bombe qui pourrait faire sauter toute l’administration qu’il dirige avec des dégâts collatéraux importants.
Tout est parti d’une correspondance en date du 9 décembre 2004 de la direction générale de Total-Mali envoyée à l’Office national des produits pétroliers (Onap) avec ampliation au ministère de l’Economie et des Finances et au ministère du Commerce et de l’Industrie.
Cette lettre, Total-Mali se plaint de « fortes disparités de prix de carburant à la pompe à Gao, Ségou, Niono et même à Bamako » et constate des différentiels qui tournent autour de 60 à 75 francs par litre. Total dont le potentiel s’est érodé à Gao où elle est la seule multinationale présente menace tout simplement de se retirer si l’Onap « ne fait rien pour ramener les différents opérateurs à respecter la réglementation
Une bombe. Le ministre de l’Economie et des Finances, par l’intermédiaire de son secrétaire général Samba Diallo qui se trouve être ex-directeur général de la douane, envoie une lettre le 23 décembre au directeur de la douane et « l’invite à engager une mission de vérification des opérations de dédouanement » .
Le 7 janvier 2005, l’inspecteur Nouhoum Sadia Camara et le contrôleur Habib Coulibaly, désignés pour la mission, commencent leur travail en se rendant à la direction régionale de Gao et au Bureau des produits pétroliers de Bamako.
Le 21 février 2005, ils déposent leur rapport avec des constats pour le moins ahurissants. Sur le premier semestre, ils font des découvertes inimaginables, comme le cas de la déclaration n°3821 du 21 avril 2004 qui porte sur une importation de 35 000 litres mais dont seul un litre a été déclaré pour 292 francs de droits perçus. Sur ce semestre, l’ensemble des droits compromis s’élève à 237,5 millions de F CFA. L’appétit venant en mangeant, les délinquants vont réaliser de véritables « prouesses » lors du second semestre de 2004. Pour le dernier semestre, les droits compromis ont dépassé la somme faramineuse de 1 milliard.
Les importateurs de carburant impliqués sont connus de tous. Ils sont de tous les régimes et de toutes les fraudes. On y trouve Dionké, Zoumana, Sodies, Soleil Service, Soyatt, etc.
Dans nos prochaines éditions, nous publierons la liste complète de tous les opérateurs avec pour chacun les quantités « coulées » et le montant des droits compromis
Nous espérons que ceux qui ont la charge du dossier bougeront un peu pour faire rendre gorge les responsables. Il faut faire vite parce que le rapport aura un an aujourd’hui et il se pourrait qu’il ne manque pas d’hommes de droit pour parler de prescription. Nous pensons que l’Etat, au lieu de s’échiner à ramener ceux qui sont impliqués dans le fameux dossier des exonérations, pourrait en même temps jeter un coup d’œil sur ce scandale.