Pourquoi diable les partis politiques croient-ils que l’Etat malien leur verse annuellement un milliard de nos francs prélevés sur un budget national qui peine à combler nos immenses déficits ? Ce n’est sûrement pas pour permettre à leurs dirigeants de se construire une villa haut standing au bord du fleuve Niger, ni épouser une quatrième femme qui a l’age de leur fille cadette, ni s’offrir des vacances dans l’Hexagone ou, ce qui constitue leur dernière fantaisie, quelque part au pays d’Obama.
L’argent public est distribué aux partis politiques pour les appuyer dans leur rôle constitutionnel de conquérir le pouvoir par les urnes et de l’exercer au profit des masses laborieuses qui ont placé leur confiance en eux.
Dans un pays à fort taux d’analphabétisme comme le Mali, cette conquête du pouvoir par les urnes passe nécessairement par la formation d’une conscience citoyenne. Il s’agit d’élever l’individu de son état primaire au rang d’un citoyen conscient de ses droits et de ses devoirs. Au nombre desquels figure le vote, acte par lequel il désigne librement et en toute connaissance de cause les hommes et les femmes dont il a des raisons de croire qu’ils possèdent l’idéal, les qualités et la vision requises pour répondre à ses attentes de toutes sortes.
Force est de constater que dans leur écrasante majorité, les partis politiques maliens n’ont cure de cette tache de formation d’une conscience citoyenne, pourtant indispensable si l’on veut construire un système démocratique solide, fiable, porteur d’espérance pour les générations actuelles et futures.
Le scrutin du dimanche 26 avril en a apporté la preuve supplémentaire : des centaines de motos offertes aux jeunes gens, le plein de réservoir assuré pour tous, des ustensiles de cuisine et des tissus pour les femmes, des ballons et jeux de maillots pour les équipes de quartiers, du thé et du sucre distribués dans les familles et les « grins ». Surtout de l’argent, beaucoup d’argent donné à tous et jusques et y compris aux abords des bureaux de vote sous l’œil indifférent, ou plutôt intéressé des agents de la force publique fondés à interpeller ces « acheteurs de consciences ». D’évidence, ceux qui veulent gérer nos quartiers, villages et villes ont préféré le clinquant matériel à la conscientisation, à l’éducation, à la sensibilisation, à la formation du citoyen pour en faire l’artisan de la démocratie aujourd’hui et le soldat qui la défendra demain si besoin est.
Intervenant sur les antennes d’une radio privée, un électeur a exprimé son dégoût en ces termes : « Avec ce que j’ai vu ce 26 avril, j’ai honte d’être Malien ».
Certes, il y a de quoi avoir honte devant le spectacle de ces Sotramas qui déversent au petit soir devant les centres de vote quantité de femmes munies de leurs cartes d’électeurs, ayant reçu un pécule et la consigne ferme de voter pour tel parti (ou telle association). Difficile de ne pas penser au « bétail électoral » qu’évoquait un certain Pr. Issa N’Diaye. Certes, il y a de quoi avoir honte de ces groupes de femmes et d’hommes à l’allure respectable qui proclament à haute et intelligible voix : « Nous n’irons voter que si les partis apportent le fric ». Chose promise chose due, n’est-ce pas ?
Mais il ne suffit pas de s’arrêter au seul constat de la honte. Il s’agit de faire en sorte qu’il ne puisse pas se reproduire. Et la meilleure façon, pour ce faire, serait de mettre fin au financement public des partis politiques. Ce dispositif, déjà controversé dès le départ, a été un échec sur toute la ligne car au lieu de consolider notre système démocratique en gestation, il contribue plutôt à le détruire, à l’annihiler. A défaut de le supprimer, le salut pourrait se trouver dans le modèle de certains pays européens : l’aide publique n’est consentie que lorsque les partis politiques franchissent la barre de 5 ou 10 % lors d’une compétition électorale. Et encore, elle est destinée à rembourser une partie des frais engagés par le parti bénéficiaire sur présentation de factures dont la sincérité ne souffre aucun doute.
Saouti Labass HAIDARA
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